28.04.2026 Presse

Le calme avant la tempête dans l’industrie alimentaire : « Si nous n’agissons pas maintenant, la production risque de quitter la Belgique »

Bruxelles, le 28 avril 2026 - L’industrie alimentaire belge reste le plus grand secteur industriel de notre pays : elle représente 85,1 milliards d’euros de chiffre d’affaires, 42,4 milliards d’euros d’exportations et 102.779 emplois. Nos entreprises nourrissent la société, chaque jour, ici et dans le monde entier. Mais derrière ces chiffres solides se cache une réalité qui ne peut plus être ignorée. Le chiffre d’affaires sur le marché belge stagne, les achats transfrontaliers restent structurellement élevés et les produits étrangers gagnent du terrain dans les rayons. Parallèlement, les tensions géopolitiques et la guerre au Moyen-Orient génèrent une incertitude accrue et une hausse des coûts de production. Sans intervention, l’ancrage de l’industrie alimentaire en Belgique est menacé. 

Fevia met en garde : si la compétitivité de nos entreprises continue de se dégrader, la production risque de se déplacer vers des pays où produire est moins coûteux. Avec des conséquences pour l’emploi, les investissements et l’ensemble de la chaîne agroalimentaire.

2025 : une année apparemment solide, mais des fissures sous la surface

Avec 25,4 % du chiffre d’affaires, l’industrie alimentaire reste le plus grand secteur industriel de Belgique. Le chiffre d’affaires a augmenté en 2025, principalement grâce aux exportations au sein de l’Union européenne. Mais cette croissance masque une tendance préoccupante : 

  • La demande intérieure stagne

  • Les achats transfrontaliers restent structurellement élevés, à 705 millions d’euros

  • Les produits étrangers gagnent des parts de marché (dont 16,1 % en provenance des Pays-Bas) 

À l’international aussi, la croissance ralentit : les exportations hors UE stagnent et même dans des marchés clés comme les États-Unis, la dynamique faiblit. En d’autres termes : les fondements de la croissance montrent des signes de faiblesse. 

Les premiers signaux d’alarme sont là 

Après un début d’année 2025 positif, le secteur a connu un net recul au quatrième trimestre : la confiance des entrepreneurs continue de baisser et la croissance de l’emploi est tombée à son niveau le plus bas depuis 2015, ce qui montre qu’il ne s’agit pas d’un creux temporaire, mais bien d’un signal d’alerte structurel.

La pression géopolitique aggrave le problème

Une enquête récente menée par Fevia auprès de ses membres (1er–15 avril 2026) montre la gravité de la situation :

  1. Toutes les entreprises alimentaires sont touchées

  2. La hausse des coûts n’est pour l’instant pas répercutée dans les prix de vente

  3. La rentabilité est fortement sous pression, avec des conséquences sur les investissements et l’emploi

La guerre au Moyen-Orient et plus largement le contexte géopolitique accentuent la pression sur les prix de l’énergie, du transport et des emballages, ainsi que sur les matières premières et la logistique. Les entreprises absorbent actuellement les chocs, mais cela n’est pas tenable à moyen terme.

“Do not take us for granted”

L’industrie alimentaire belge n’est pas une évidence. Si produire en Belgique reste structurellement plus cher que dans les pays voisins, les entreprises réévalueront leurs activités.La réalité est dure : les investissements découlent de la compétitivité. Et sans intervention, la délocalisation sera inévitable.

ann wurman

Que demandons-nous concrètement ?   

Ann Wurman, CEO Fevia 

« Si nous voulons protéger et ancrer notre industrie alimentaire en Belgique, nous devons agir aujourd’hui, pas demain. Stimulez la demande intérieure en maintenant les prix des aliments et des boissons abordables et en évitant toute hausse de la TVA, réduisez la taxe sur les emballages et les accises, introduisez une norme fiscale pour les boissons et abaissez la taxe sur les déchets sauvages au niveau de nos pays voisins.

Mais cela ne suffit pas : nous devons aussi agir structurellement. Aujourd’hui, nos coûts salariaux sont plus de 23 % supérieurs à la moyenne des pays voisins. C’est intenable. Assurez donc des coûts salariaux maîtrisables grâce à une approche ciblée de l’indexation des salaires et maintenez le soutien au travail de nuit et en équipes. Combinez cela avec des prix de l’électricité abordables, moins de charges administratives et de véritables conditions de concurrence équitables.

Ce n’est qu’ainsi que les entreprises pourront continuer à investir en Belgique. Sans ces garanties, nous risquons de voir la production disparaître, et elle ne reviendra pas facilement. »

Conclusion : le point de bascule approche

L’industrie alimentaire belge se trouve à un tournant. Aujourd’hui, les entreprises ont encore la résilience nécessaire pour absorber les chocs. Mais sans une politique rapide et réfléchie, cette résilience risque de se briser. Si l’industrie alimentaire vacille, c’est toute la chaîne qui vacille, de l’agriculture à la logistique, jusqu’à la distribution et à l’horeca. Le temps de l’attentisme est révolu. Les choix que nous faisons aujourd’hui détermineront si nous produirons encore en Belgique demain.

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