Le Nutri-Score doit informer le consommateur. Pas le désinformer.
Il est beaucoup question ces dernières semaines d’utiliser le Nutri-Score comme outil de sensibilisation dans la publicité. Le Ministre Vandenbroucke propose d’imposer la présence du Nutri-Score sur toutes les publicités. Une proposition de loi du député Gatelier (Les Engagés) veut interdire la publicité pour les produits affichant un Nutri-Score D ou E. Est-ce une bonne ou une fausse bonne idée ?
Le Nutri-Score, un outil de volontaire
Comment aider le consommateur à faire un choix conscient lorsqu’il se trouve dans les rayons d’un supermarché ? Bien que de nombreuses informations se trouvent sur les étiquettes des produits alimentaires, les consommateurs souhaitent, en un coup d'œil, faire leur choix. C’est justement l’objectif du Nutri-Score et d’autres systèmes similaires : mettre à l’avant de l’emballage un système d’information clair et directement utilisable par le consommateur. Fevia partage et soutient une telle démarche. Condition importante: un tel système doit toujours avoir une solide base scientifique. Et tant qu’aucun système n’est validé au niveau européen, toute information de ce type doit rester volontaire.
C’est d’ailleurs également ce que préconise le règlement européen en matière d’information sur les aliments et les boissons au consommateur. Un Etat-membre a toute la liberté de privilégier un système d’information mais il ne peut l’imposer. En Belgique et dans 6 autres pays, le choix s’est porté sur le Nutri-Score mais d’autres pays comme les pays nordiques ont fait un autre choix.
Le Nutri-Score, un outil de comparaison
Le Nutri-Score a été conçu pour aider le consommateur à faire un choix conscient lorsqu’il doit choisir entre plusieurs produits similaires. Lorsqu’il se trouve dans le magasin ou lors de ses achats en ligne, il peut comparer aisément dans une catégorie de produits et choisir par exemple le paquet de biscuits qui a le meilleur Nutri-Score.
Le Ministre Vandenbroucke le soulignait également dans sa réponse à une question parlementaire début 2025 : « En outre, nous avons introduit en 2019 le Nutri-Score en Belgique un système d’étiquetage supplémentaire qui a comme objectif d‘informer le consommateur sur la qualité nutritionnelle des produits alimentaires. Début 2024, des updates de la méthode de calcul ont été introduit afin d’encore mieux distinguer au sein d’une même catégorie les produits entre eux sur base de leur qualité nutritionnelle. »
Mais, cela s’arrête là. Ce n’est pas parce qu’un dessert à un Nutri-Score A que l’on peut en manger sans modération. Ce n’est pas parce que certaines huiles d’olive ont un Nutri-Score D que l’on doit arrêter de mettre de l’huile dans ses plats. Les graisses sont en effet essentielles dans un régime alimentaire équilibré et le dessert reste un aliment plaisir à consommer avec modération.
Le Nutri-score dans la publicité, c’est le détourner de son objectif
Une publicité dans la rue, à la télévision, dans un magazine ou sur les réseaux sociaux, c’est une information qui met en évidence un seul produit. L’objectif n’est pas de le comparer à d’autres. Le Nutri-Score, qui est justement un moyen de comparaison, n’a donc pas sa place dans la publicité. L’information du Nutri-score ne doit pas, ne peut pas être prise pour argent comptant. Cette information doit être comparée à des produits similaires. Tenter de détourner le consommateur en lui montrant une huile d’olive avec une Nutri-Score D ou l’attirer avec des frites surgelées avec un Nutri-Score A n’a pas de sens.
Imaginons une publicité avec une table de fête sur laquelle sont présentés plusieurs porduits préemballés. Quel Nutri-Score faut-il mettre ? Le Nutri-score de chacun des produits sur la table ou uniquement le nutri-score du produit le plus défavorable. Quel est alors l’intérêt pour le consommateur ? Quelle conclusion doit-il ou elle en tirer ? Notons également qu'une publicité pour une pizza pré-emballée doit afficher son Nutri-Score tandis que la même pizza dans l'Horeca nu doit pas l'affichter. Où est la logique?
Autre exemple : une publicité pour du saumon fumé, Nutri-Score D, présenté sur un toast complet à l'avocat s'intégre parfaitement dans un régime équilibré malgré le fait que le publicité devra mentionner le Nutri-Score D.
« Le Nutri-score doit informer le consommateur. Pas le désinformer. »
Renforcer les initiatives qui existent déjà
Les spécialistes ne se trompent pas : la lutte contre l'obésité et le surpoids doit être menée dans la cadre d'une approche holistique où une publicité responsable est un élément essentiel. L'industrie alimentaire l'a bien intégré, depuis 2012, ella s'est imposé règles strictes permettant de limiter drastiquement l’exposition des enfants à des publicités de produits déconseillés dans la cadre d’un régime équilibré. Ce code de publicité a un réel impact et a été, au cours des ans, régulièrement revu et rendu plus contraignant. Début 2026, le code a été élargi aux adolescents jusque 16 ans et, sur base des mêmes principes, un périmètre « no pub » de 150 m autour des écoles a été défini. grâce à cette révision, 380.000 jeunes supplémentaires sont protégés par rapport à des publicités pour des produits favorables.
Ces mesures sont concrètes et d’application pour toutes les entreprises. Dès le début de la législature, nous avons tendu la main au Ministre pour ensemble évaluer le code et effectuer ensemble un monitoring. En attendant sa collaboration, le Jury d’éthique publicitaire a décidé de mettant en place grâce à l’intelligence artificielle un monitoring constant et efficace des réseaux sociaux. Le système de plaintes valable jusqu’à présent va donc être complété par un contrôle actif.
Ce code de publicité n’est une mesure isolée mais s’inscrit dans un Nutri-pact, un cadre plus global où l’industrie alimentaire avec la distribution prend ses responsabilités.
C’est pourquoi, notre main reste toujours tendue vers les différentes autorités du pays pour une approche holistique qui implique tous les acteurs, tous responsables en partie de la problématique du surpoids et de l’obésité. Attaquer uniquement les produits pré-emballés de l’industrie alimentaire et oublier totalement des secteurs comme l’Horeca ou les fast-food n’a que peu de sens. La lutte contre le surpoids exige plus gu'une mesure symbolique, mais une approche holistique et cohérent impliquant une part de responsabilités pour chaque secteur. C'est uniquement ainsi que nous allons obtenir des résultats qui auront des effets, également à long terme.