02.06.2026 Actualité

Le Sénat français et l’industrie alimentaire européenne réclament plus de protection face aux retail alliances

Dans son rapport détaillé, le Sénat français n’y va pas par quatre chemins : depuis 2021, les prix aux consommateurs ont augmenté environ trois fois plus vite que les prix des fournisseurs. Les sénateurs recommandent donc de protéger tous les fournisseurs contre les pratiques commerciales déloyales (UTP) imposées par les retail alliances européennes. Cette protection doit en outre bénéficier d’une application plus forte et davantage coordonnée au niveau transfrontalier. À l'instar notamment de FoodDrinkEurope et d’AIM, Fevia soutient ces recommandations.

Consommateurs et producteurs déplorent régulièrement l’évolution des prix et l’opacité de leur construction. Suspectés d’entretenir l’inflation, mais aussi d’offrir des marges indues à certains acteurs économiques, ces prix pèsent sur le pouvoir d’achat des ménages. Au cours des six derniers mois, le Sénat français a examiné où se situaient les points de friction. La conclusion est inquiétante : la concentration croissante du pouvoir au sein des retail alliances met en péril l'agriculture et l'industrie agroalimentaire françaises (voir annexe pour les conclusions du rapport). Au niveau européen également, FoodDrinkEurope et AIM plaident en faveur d'action (voir ici).

La chaîne alimentaire est affaiblie par les retail alliances européennes

Les retail alliances transfrontalières affirment que leur pouvoir d'achat concentré permet de protéger le pouvoir d'achat des consommateurs. Cependant, en raison de leurs structures complexes, de leurs pratiques commerciales unilatérales et de leurs « services commerciaux » opaques, elles perturbent l'équilibre de la chaîne d'approvisionnement. Les investissements, l'innovation et la sécurité alimentaire à long terme s'en trouvent ainsi menacés tout au long de la chaîne, met en garde le rapport.

Les sénateurs français ont également chiffré le déséquilibre de la chaîne : 

  • Les prix en supermarché ont augmenté de 19 % depuis 2021, tandis que les prix des fournisseurs n’ont augmenté que de 6 à 7 %.
  • Lors des négociations commerciales, les fournisseurs courent un risque de delisting et de réduction des commandes pouvant atteindre 70 %.
  • Les « services commerciaux » peuvent atteindre 40 % du chiffre d’affaires du fournisseur, les sénateurs remettant explicitement en question tant leur proportionnalité que leur utilité pour le secteur.

Enfin, le rapport constate que les retail alliances exercent une pression sur l’ensemble de la chaîne de valeur. Cette pression s’exerce en cascade et finit par se répercuter sur les PME et les agriculteurs. Le rapport établit même un lien entre la position dominante des retailers vis-à-vis de leurs fournisseurs et le nombre croissant de faillites dans l’industrie alimentaire.

Et la Belgique ?

En Belgique aussi, on constate récemment une augmentation du nombre de faillites dans le secteur alimentaire (voir ici). Les pressions déraisonnables exercées par les retailers peuvent pousser même des entreprises saines à se restructurer ou à délocaliser leurs activités de production à l’étranger. Il ressort en outre clairement des enquêtes menées par Fevia auprès de ses membres que les entreprises alimentaires belges sont confrontées à des pratiques commerciales déloyales de la part des retail alliances européennes. Fevia soutient donc pleinement l'appel visant à protéger tous les fournisseurs contre les pratiques commerciales déloyales des retail alliances européennes, quel que soit leur chiffre d'affaires, tout en renforçant la protection transfrontalière. Au niveau belge, Fevia plaide également en faveur de moyens accrus et d'une plus grande visibilité pour l'application et la sanction des infractions aux règles relatives aux pratiques commerciales déloyales.