28.11.2025 Actualité

Les achats transfrontaliers ralentissent moins fort

Au cours des trois premiers trimestres 2025, les achats transfrontaliers des Belges en produits alimentaires et boissons se sont élevés à 521 millions d’euros, contre 552 millions d’euros sur la même période de l’année précédente. Mais attention à ne pas se réjouir trop vite…

La France reprend des couleurs

Les accises sur les boissons rafraichissantes sucrées ont été augmentées en France à partir du 1er mars 2025. Or, lorsque les accises ou d’autres taxes augmentent, les producteurs n’ont souvent pas d’autre choix financier que de répercuter (une partie de) cette augmentation dans leurs prix de vente. Et effectivement, l’inflation des boissons rafraichissantes en France a été relativement élevée au deuxième trimestre (9,1 %). A la même période, l’inflation aux Pays-Bas n’était que de 3,4 %, en Allemagne de 2,8 %, en Belgique de 1,5 % et elle était même négative au Luxembourg (-2,7 %). 

Les achats transfrontaliers en France ont dès lors connu une baisse inédite de 8,0 % au 2ième trimestre 2025 par rapport au 2ième trimestre 2024, avec une baisse allant jusque 11,6 % pour la catégorie « Eaux, boissons rafraichissantes et jus ». Malheureusement, cette l’ampleur de la baisse n’a été pas été confirmée au trimestre suivant : -1,4 % seulement au 3ième trimestre 2025.

La forte baisse des achats transfrontaliers aux Pays-Bas n’est pas une bonne nouvelle

Sur la période de janvier à septembre, les achats des Belges aux Pays-Bas ont diminué de 18,1 % pour un montant total de 101 millions d’euros (contre 123 millions d’euros sur la même période en 2024). 

Dans l’autre sens du trafic, une récente étude du consultant Hiiper montre que le nombre de consommateurs néerlandais qui font leurs achats de l'autre côté de la frontière augmente. Ainsi, au cours des trois premiers trimestres de 2024, 41,4 % des ménages néerlandais ont effectué des achats en Belgique ou en Allemagne, contre 45,3 % cette année. De plus, ils dépensent une part croissante de leur budget dans les supermarchés et les drogueries en Belgique et en Allemagne. Les consommateurs néerlandais dépensent en moyenne 2,7 % de leur budget alimentaire en Belgique et en Allemagne, soit une augmentation de 20 % en un an. A noter que l'Allemagne est nettement plus populaire que la Belgique. Leur motif d’achat principal? Le prix bien entendu.

Selon l’étude annuelle de BABM, Association des Fabricants de marques, le prix d’un panier composé de centaines de produits FMCG identiques est désormais 10,5 % moins cher en Belgique qu’aux Pays-Bas (contre 8,0 % en 2024). La raison de cet écart grandissant : la concurrence féroce sur les prix que se livrent les supermarchés en Flandre. En effet, les supermarchés néerlandais implantés chez nous ont une politique aggressive en matière de prix qui force les autres supermarchés à (tenter de) s’aligner. Dernier episode de cette guerre des prix: la promotion 2+5 de Albert Heijn.

A priori, on pourrait se réjouir de ce double movement: rapatriement des achats transfrontaliers des Belges aux Pays-Bas et attraction des consommateurs néerlandais en Belgique. Malheureusement, il y a une face sombre. Premièrement, cette course au prix le plus bas ne connait pas de gagnant. Si elle peut répondre à une logique commerciale immédiate, elle compromet l’équilibre et la durabilité de l’ensemble de la chaîne agro-alimentaire. Deuxièmement, avec l’implantation accrue des supermarchés néerlandais, la part des produits alimentaires et boissons venus des Pays-Bas est en forte augmentation dans les rayons de la grande distribution en Belgique. En 2010, leur part était de 7,7 %. En 2023, elle est passée à 16,1 %. Concomitamment, la part des produits issus de l’industrie alimentaire belge a diminué de près de 5 points de pourcent pour s’établir à 62,3 % en 2023.

Graphique: Répartition de la consommation de produits transformés des ménages en Belgique selon l’origine - industrie alimentaire belge à gauche et néerlandaise à droite (Source: Eurostat)

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Le Luxembourg et l’Allemagne tirent leur épingle du jeu

Les achats transfrontaliers au Luxembourg et en Allemagne ont fortement augmenté depuis le 2ième trimestre 2025, au moment où la France augmentait ses accises sur les boissons rafraichissantes sucrées. Ainsi, les deux pays enregistrent ensemble une croissance du montant dépensé par les Belges de 4,4 % au 2ième trimestre et de 8,3 % au 3ième trimestre. Ces hausses compensent malheureusement entièrement la baisse actée lors du 1er trimestre. 

Sur la période janvier-septembre, les achats transfrontaliers au Luxembourg et en Allemagne sont donc stables (82 millions d’euros). Il faut cependant souligner que cela cache une dichotomie entre d’une part, les produits alimentaires (-10,0 %) et d’autre part, les boissons (+14,8 %). Et les hausses enregistrées dans certaines catégories de boissons sont impressionnantes : « Mineral waters, softdrinks, fruit and vegetable drinks » +13 % ; « Alcoholic beverages » +20 %.

Appel au Gouvernement: concrétisez les annonces en matière de baisse de taxes

L'accord budgétaire a évité une augmentation générale de la TVA sur les aliments et les boissons, ce qui était important pour l’accessibilité des achats alimentaires et pour éviter une hausse des achats transfrontaliers. 

Malheureusement, la baisse des taxes existantes sur les boissons (taxe emballages et accises) de 100 millions d'euros, prévue dans l’accord de gouvernement, n’a pas été avancée à 2026. Nous appelons dès lors le Gouvernement à respecter son engagement et à implémenter cette baisse dès le 1er janvier 2027.