PPWR : une législation précipitée qui déstabilise les entreprises alimentaires
La transition environnementale de l’industrie alimentaire est en marche, mais une législation mal calibrée risque d’en compromettre l’objectif. Prendre mieux en compte les impératifs environnementaux et évoluer vers plus de décarbonation du système alimentaire est un fait. Chaque entreprise alimentaire a intégré cette dimension. Cela ne fait aucun doute.
Une réforme utile et bienvenue
Dès lors, lorsque l’Union européenne décide de moderniser et d’adapter la (vieille) législation en matière d’emballage et de déchets d’emballages qui date déjà de 1994 pour la rendre plus compatible avec les nouveaux défis, c’est une bonne nouvelle pour l’industrie alimentaire. C’est d’autant plus une bonne nouvelle que l’Europe a décidé de faire d’une directive un règlement, c’est-à-dire une législation immédiatement applicable dans tous les pays européens de la même matière. C’est une bonne nouvelle parce que cela renforce aussi le marché intérieur et de trouver des solutions concrètes à l’un des « Terrible Tens » identifiés dans le Single Market Strategy.
Fort de ces principes, le nouveau Règlement en matière d’emballage et déchets (PPWR) a été publié début 2025 dans le Journal officiel européen. Ce Règlement entrera en vigueur le 12 août 2026 dans tous les pays européens. 18 mois pour que chaque pays membre adapte sa législation pour la rendre compatible avec le nouveau Règlement et pour que le monde économique intègre les nouvelles règles, cela semble jouable.
Une élaboration législative déconnectée des réalités
Sauf qu’au niveau européen, trois organes sont responsables pour de nouvelles législations : la Commission européenne, le Conseil des ministres et le Parlement et que les compromis sont souvent complexes.
Trop souvent, les fonctionnaires européens restent enfermés dans leur tour d’ivoire et ne savent pas comment fonctionne une entreprise. Leurs analyses et leurs convictions tendent dès lors à s’appuyer davantage sur leur propre vécu que sur la complexité du terrain.
Dans le même temps, les analyses d’impact et autres études préparatoires réalisées par des bureaux d’études se révèlent bien souvent lacunaires, voire entachées de biais peu scientifiques.
Et pourtant, le monde politique poursuit l’adoption de mesures toujours plus techniques, sans en appréhender pleinement les implications opérationnelles.
Le résultat de cette cacophonie est que le texte législatif final, en l’occurrence ce Règlement européen en matière d’emballage et de déchet d’emballages, est un texte complexe, peu compréhensible et comprenant des dispositions interprétables ou pire encore irréalisables.
Le cas emblématique des PFAS
Cette absence de précisions place les entreprises dans un flou juridique préjudiciable, car elles ignorent comment se conformer à la nouvelle réglementation. Un exemple concret illustre immédiatement ces difficultés : la question des PFAS.
À partir du 12 août 2026, chaque emballage devra respecter un seuil précis concernant les PFAS. Si l’intention est louable, de nombreuses zones d’ombre subsistent et rendent l’application de cette mesure particulièrement incertaine.
- La législation ne précise pas quels PFAS doivent être mesurés, alors qu’il en existe des milliers. Contrôler chaque substance dans chaque emballage est irréalisable.
- Il n’existe pas de méthode d’analyse fiable et standardisée, et très peu de laboratoires européens sont capables de réaliser ces tests.
- À compter du 12 août, tous les emballages doivent respecter la norme, y compris ceux produits bien avant cette date. Que faire des stocks non conformes ? Faut-il les détruire ?
- Enfin, il n’est pas clairement défini quel acteur doit prouver la conformité : le fabricant de l’emballage ou le conditionneur du produit ? Chacun renvoie la responsabilité à l’autre.
Des incertitudes juridiques concrètes pour les entreprises
Le texte de la PPWR est long de 174 pages et comprend 71 articles. Près de 40 législations secondaires, c’est-à-dire des législations qui doivent préciser ou concrétiser la PPWR sont prévus. Pour 14 articles, même si c’est un règlement, l’état-membre peut déroger ou développer des mesures supplémentaires.
Vu la complexité du texte, le monde économique réclame depuis de nombreux mois des éclaircissements de la Commission européenne par l’intermédiaire d’un FAQ (Frequently Asked Questions) ou de documents explicatifs. La Commission européenne les promet depuis novembre 2025. A 5 mois de l’entrée en vigueur du texte, comme sœur Anne, nous ne voyons encore rien venir.
Ann Nachtergaele, Food Production & Consumption Policy Director FeviaUne bonne législation fixe un cap ; une législation imprécise crée de l’incertitude. Aujourd’hui, les entreprises ont besoin de clarté, pas d’ambiguïté.
Une tendance structurelle préoccupante
Des questionnements émergent pour pratiquement chaque disposition du texte. Certains détails, loin d’être anodins, peuvent avoir des conséquences majeures. Ainsi, le PPWR prévoit, à compter du 1er janvier 2030, l’interdiction des emballages plastiques à usage unique dans l’horeca pour les portions individuelles de certains produits. Or, selon la langue du texte, la liste des produits concernés varie :
| Anglais | Français | Néerlandais | Allemand |
| condiments, preserves, sauces, coffee creamer, sugar, and seasoning | condiments, confitures, sauces, crèmes pour café, sucre et assaisonnements | smaakstoffen, conserven, sauzen, koffiemelk, suiker en kruiderijen | Würzmittel, Aufstriche, Soßen, Kaffeesahne, Zucker und Gewürze |
Cela peut sembler anecdotique et l’échéance lointaine, mais pour une entreprise spécialisée dans ces marchés, il est crucial de savoir dès aujourd’hui quel produit sera interdit, afin d’anticiper ses investissements et assurer sa pérennité à l’horizon 2030.
L’imprécision de ce genre de texte alimente les critiques, certains appelant à revoir ou reporter la législation, ce qui conduit d’autres à évoquer un détricotage du Green Deal. Précision : à ce jour, la fédération européenne FoodDrinkEurope ne demande pas la réouverture du texte, mais réclame d’urgence des clarifications.
Malheureusement, le cas du PPWR n’est pas isolé. La tendance à rédiger des textes législatifs complexes se généralise, mobilisant des ressources considérables : consultants, juristes, experts, fonctionnaires et employés dans les entreprises, et générant des coûts et des charges administratives évitables avec un minimum d’écoute, de temps et de pragmatisme.
Dans ce capharnaüm, Fevia s’efforce d’informer au mieux les entreprises alimentaires belges, en toute transparence. Après une journée d’étude consacrée à l’emballage du futur chez notre membre Filliers, organisée avec Vlaio dans le cadre du Industrieparterschap, Fevia propose deux webinaires les 31 mars (en français) et le 1er avril (en néerlandais), ainsi qu’une journée d’étude complète le 30 juin. D’autres rencontres seront organisées selon les besoins dans les mois et années à venir.