Fevia Wallonie appelle les autorités à maintenir l'ancrage du secteur alimentaire wallon et son potentiel d’emploi

28.07.2023

En 2022, l’industrie alimentaire wallonne a confirmé toute son importance pour l’économie de la région. Mais notre nouveau rapport économique wallon montre qu’elle subit de fortes pressions, en particulier sur le marché domestique. Et cela s’aggrave : au deuxième trimestre 2023, les achats transfrontaliers de produits alimentaires et de boissons ont (encore) établi un nouveau record avec une augmentation de plus de 70 % par rapport à la même période de 2022. En outre, les sirènes de l’étranger se font de plus en plus pressantes pour nos entreprises en raison du cumul de handicaps structurels. Fevia Wallonie appelle les autorités à prendre des mesures pour assurer l’ancrage local du premier secteur industriel wallon en termes d’investissements et d’emplois ainsi que de sa chaîne d’approvisionnement.

L’industrie alimentaire, maillon fort de l’économie wallonne

En 2022, le chiffre d’affaires de l’industrie alimentaire wallonne dépasse pour la première fois le cap des 10 milliards d’euros (+18,1 % par rapport à 2021). Cette hausse exceptionnelle est cependant uniquement le fait d’un effet prix. En effet, les entreprises ont été obligées, pour leur survie, de répercuter l’augmentation exponentielle des coûts de production. Malheureusement, cela n’a pu se faire que très partiellement et avec beaucoup de retard. Par conséquent, la rentabilité des entreprises a été mise à mal en 2022. Les investissements atteignent un nouveau record avec 499 millions d’euros (+3,4 %). Avec 25 % du montant total des investissements industriels réalisés en 2022, l’industrie alimentaire confirme sa place parmi les secteurs qui investissent le plus.

Les investissements atteignent un nouveau record avec 499 millions d’euros (+3,4 %). Avec 25 % du montant total des investissements industriels réalisés en 2022, l’industrie alimentaire confirme sa place parmi les secteurs qui investissent le plus.

Idem pour l’emploi, qui poursuit sa progression en 2022 avec la création de pas moins de 3.000 jobs en 5 ans par les entreprises alimentaires wallonnes. Avec 1 emploi sur 5, l’industrie alimentaire est le plus gros employeur industriel en Wallonie. Et depuis 2008, sa part dans le tissu industriel wallon a augmenté sans discontinuer.

Mais : explosion des achats transfrontaliers et marché intérieur en perte de vitesse

L’inflation généralisée, sous l’impulsion des produits énergétiques, a mis le pouvoir d’achat des ménages sous pression. Première conséquence, les consommateurs belges ont réduit leurs achats en Belgique en 2022.

Le chiffre d’affaires du secteur en volume a dès lors replongé après avoir connu une légère hausse en 2021. A noter que le marché belge n’a représenté que 43 % du chiffre d’affaires de l’industrie alimentaire wallonne en 2022, soit la part la plus basse en 10 ans.

Deuxième conséquence, les consommateurs belges ont été particulièrement nombreux à traverser la frontière pour faire leurs achats en France, où les prix sont moins élevés. En 2022, les achats alimentaires des Belges en France ont atteint 315 millions d’euros, soit 58 % du montant total des achats transfrontaliers. Cela concerne les boissons, mais aussi la viande et le pain et céréales. Les chiffres du 2ième trimestre 2023 montrent d’ailleurs que les achats transfrontaliers continuent de grignoter en importance.

Découvrez les chiffres et analyses détaillées dans notre rapport économique annuel 2022

Compétitivité en berne : évitons une fuite de nos entreprises alimentaires à l’étranger

Les prix plus élevés des produits alimentaires belges sont le résultat d’un cumul de handicaps structurels. « La compétitivité de nos entreprises souffre de handicaps persistants : des coûts salariaux plus élevés, la lasagne de taxes, ou encore la politique énergétique illisible en Belgique », nous explique Anne Reul, Directrice Générale de Fevia Wallonie. « Il ne faudrait pas s’étonner que les investissements industriels quittent notre territoire pour d’autres pays européens. Nos entreprises sont déjà approchées par des agences de développement économique françaises qui veulent attirer des entreprises belges sur leur territoire. De plus, la France a récemment dégagé 500 millions d’euros pour renforcer la compétitivité de l’agroalimentaire français. Evitons que nos entreprises passent la frontière française comme le font déjà les consommateurs. J’appelle nos décideurs à être vigilants et pro-actifs et à soutenir l’ancrage de notre industrie alimentaire wallonne et son potentiel. »

Ensemble pour maintenir notre ancrage wallon

L’ambition de l’industrie alimentaire wallonne reste bel et bien de co-créer un système alimentaire plus durable en Wallonie avec les différents partenaires et acteurs. En collaboration avec son pôle de compétitivité Wagralim, elle participe au renforcement de chaînes locales existantes et à des projets d’innovation afin de développer de nouvelles filières locales. Celles-ci permettront de créer de la valeur chez nous à partager entre tous les acteurs et d’être plus résilients face aux crises. Les différents acteurs attendent des autorités un soutien efficace et coordonné, la meilleure garantie d’un ancrage local.

L’approvisionnement en matières premières agricoles de qualité doit aussi être sécurisé. « L’industrie alimentaire est un maillon solide de l’écosystème alimentaire wallon, ainsi qu’un acteur essentiel de l’industrie wallonne, mais pour le rester elle a besoin de ses partenaires et des autorités. Aujourd’hui à Libramont, nous voulons rappeler la nécessité de préserver le potentiel du secteur agroalimentaire wallon pour répondre aux nombreux défis qui nous attendent. Nous sommes solidaires avec nos agriculteurs et souhaitons évoluer ensemble vers un système alimentaire plus durable, mais donnez-nous les moyens d’y parvenir ! » conclut Anne Reul.