Opinion : « Crise du Fipronil : beaucoup d’agitation pour un impact nul sur la santé publique »

Nicholas Courant
03.10.2017

L’utilisation frauduleuse de l’insecticide Fipronil a directement généré un climat de panique durant le calme plat des vacances d’été. La crise du Fipronil nous rappelle une nouvelle fois combien la question de la sécurité alimentaire est importante mais aussi combien la communication peut être sensible autour de ce thème. Maintenant que le problème a été réglé, l’heure est au bilan. Quelles ont été la part d’intox et la part d’info diffusées durant cette crise ?

En cette période de congés, ce sont surtout l’AFSCA et le tout nouveau ministre de tutelle Ducarme, qui ont été sur la brèche. Les médias comme l'opposition leur ont reproché une communication défaillante et une intervention (trop) laxiste. Au cœur de la crise, le ministre et l’agence ont dû se défendre lors d’audiences supplémentaires des commissions compétentes de la Chambre.

Initialement, l’attention a été portée sur les entreprises de poules pondeuses et sur les œufs produits par celles-ci. Plusieurs entreprises ont été bloquées et de nombreux œufs ont été retirés de la vente ou rappelés. Mais il est apparu très rapidement que des œufs contaminés avaient aussi été utilisés dans des produits transformés.

De nombreuses entreprises alimentaires ont dès lors connu des semaines particulièrement stressantes. Traçage des matières premières, analyses, communication avec les fournisseurs et les clients, etc. Les entreprises ont eu à répondre à de très nombreuses questions. D’autre part, des exigences parfois irréalistes ont été formulées par les pays d’exportation qui semblaient perdre toute confiance en l’alimentation belge suite aux nombreuses rumeurs et aux déclarations contradictoires.

Seules quelques entreprises ont toutefois été contraintes de retirer leurs produits du marché pour cause de dépassement de la limite de conformité prescrite (0,005 mg de fipronil/kilo d’aliment). Pourtant, la norme de sécurité alimentaire belge (0,15 mg de fipronil/kilo d’aliment) n’a dans aucun cas été franchie !

Les esprits se sont entretemps apaisés, et la crise est maintenant sous contrôle. La fin de tunnel est toute proche. L’AFSCA a d’ores et déjà annoncé que cette crise serait évaluée a posteriori et a suggéré que les différents secteurs fassent de même. FEVIA souhaite cependant – à ce stade déjà – faire part de quelques réflexions :

  • La crise démontre bien que le système belge de garantie de la sécurité alimentaire reposant sur l’auto-contrôle fonctionne.
  • La communication de crise est toujours améliorable, même si en l'occurrence il s’est principalement agi d’interprétations chaotiques.
  • Le fait que l’AFSCA ne puisse communiquer dès le moment où une enquête judiciaire est en cours est clairement problématique. Les secteurs impliqués ont rencontré pas mal de difficultés et l’opinion publique s’est clairement indignée.
  • Faire comprendre la différence entre « produits non conformes » et « produits posant un problème de sécurité alimentaire » s’est avéré très complexe. Il conviendra à l’avenir d’accorder davantage d’attention à cette distinction essentielle.
  • À juste titre, le gouvernement n’a pas accepté de communiquer les produits non-conformes retirés du marché. Ce genre d’approche entraînerait une avalanche de messages non pertinents pour la santé publique qui auraient pour effet d’occulter, chez le consommateur, les messages cruciaux pour la santé publique.
  • Il apparaît une nouvelle fois qu’il a été impossible d’adopter une approche uniforme à l’échelle européenne. Les interprétations varient d’un État membre à l’autre, avec l’apparition de nombreuses difficultés pratiques. Une réflexion de l’Europe s’impose à cet égard.
  • Les dommages en termes d’image pour notre pays sont finalement relativement restreints, mais cela ne doit pas nous empêcher de continuer à promouvoir ensemble la qualité et la sécurité alimentaire des produits belges via la marque Food.be – Small country. Great food.

Une évaluation systématique doit encore être opérée, mais il apparaît que l’AFSCA et le ministre de tutelle Ducarme ont, dans les grandes lignes, bien traité la crise. Pour conclure, cette crise rappelle à chacun des maillons de la chaîne alimentaire qu’il faut à tout moment rester vigilant en matière de sécurité alimentaire et de fraude, et qu’au niveau de la communication, nous devons toujours marcher sur des œufs.